DICTIONNAIRE

UNIVERSEL

DE LA LANGUE FRANÇAISE

Rédigé

D'après le Dictionnaire de l'Académie

Et

Ceux de Laveaux, Gattel, Boiste, Mayeux, Wailly, Cormon, etc. ;

Contenant :

Tous les mots de la langue usuelle, avec la plupart de leurs étymologies, leurs définitions, leurs diverses acceptions au propre et au figuré ; les différentes expressions proverbiales, familières, populaires, poétiques et du style soutenu ; tous les principaux termes des sciences, arts et métiers, avec les explications nécessaires à la parfaite intelligence de chacun d'eux ;

Ouvrage enrichi de plus de 3000 mots qui ne se trouvent dans aucun dictionnaire du même format, et d'un grand nombre d'acceptions omises dans les autres dictionnaires ;

PAR CH. NODIER,

Chevalier de la Légion-d'honneur, ancien bibliothécaire de Carniole, Membre de la Société des Antiquaires de France, et de plusieurs Académies nationales et étrangères ; et

V. VERGER,

Ancien Professeur de Belles-Lettres

Paris ;
A la Librairie Classique-Elémentaire,
Rue du Paon, n 8, près de l'Ecole de Médecine.

M.D.CCC.XXVI.


Préface de M. Verger.

Parmi le grand nombre de dictionnaires de la langue française qui ont paru jusqu'à ce jour, plusieurs sans doute méritent d'être cités avec éloge, et offrent la preuve du désir qu'avaient leurs auteurs de donner au public des ouvrages vraiment utiles. Cependant le zèle de la plupart des lexicographes pour l'utilité publique ne les a point empêchés de tomber dans des inconvéniens qui, bien qu'ils fussent difficiles à éviter n'en sont pas moins réels. Les uns, pour ne point dépasser les étroites limites qu'ils avaient cru devoir se prescrire, ont donné des nomenclatures sèches, sans développemens, et par là dépourvues d'intérêt, ou bien ont banni de leurs recueils presque tous les termes d'art et métiers, non moins essentiels à connaître que les mots du langage commun. Les autres, pour présenter avec des développemens étendus tout ce que l'on peut s'attendre à trouver dans un bon dictionnaire français, ont donné d'épais volumes qui, à raison de leur prix, ne peuvent convenir qu'à un assez petit nombre de personnes. D'autres enfin, trop serviles imitateurs de leurs prédécesseurs, ont admis dans leurs vocabulaires une foule de termes surannés, réprouvés depuis longtemps par l'usage et le bon goût, et dont la place eût été bien plus utilement occupée par des mots que leur application heureuse a fait reconnaître comme devant appartenir à la langue.

Offrir au public un Dictionnaire affranchi de tous les vieux termes entièrement inusités, et renfermant dans un cadre étroit non-seulement tous les mots de la langue plus ou moins récemment admis, mais encore tous les termes de sciences, arts et métiers, dont la connaissance semble aujourd'hui indispensable ; tel est le but que nous nous sommes proposé. Le goût des sciences et des arts se trouvant répandu de nos jours dans toutes les classes de la société, leur langage ne doit point être séparé du langage commun ; aussi nous sommes-nous fait une loi d'en recueillir tous les termes, et de leur conserver les explications nécessaires à leur intelligence. Si l'on avait quelque reproche à nous faire à cet égard, ce serait peut-être celui d'avoir donné trop d'extension à cette partie, si toutefois l'on peut mériter des reproches pour avoir mis sous les yeux du lecteur, avec quelques détails, ce qu'il est bon et utile de connaître. Quant aux mots de la langue, nous croyons n'avoir omis aucun de ceux qui doivent se trouver dans un dictionnaire et les avoir accompagnés de toutes les explications nécessaires à l'intelligence e leurs divers des acceptions. Si chacun des dictionnaires qui ont été publiés jusqu'à ce jour est incomplet en lui-même, nous avons reconnu, par la comparaison que nous avons faite des uns avec les autres, qu'ils renfermaient chacun séparément les matériaux d'un tout à peu près complet, les omissions des uns et des autres ayant rarement porté sur les mêmes objets. C'est donc après avoir tiré parti de tout ce qu'ils renfermaient de bon, pour nous en aider, et de leurs défauts, pour nous éclairer, que nous croyons pouvoir annoncer aujourd'hui ce Dictionnaire comme supérieur à tous ceux qui ont été publiés avant lui, et comme le seul qui contienne autant de matière dans un espace aussi borné.

Il nous reste maintenant à exposer succinctement le plan que nous avons suivi. Ce Dictionnaire renferme tous les mots usités de la langue française avec leurs étymologies, leurs différens sens au propre et au figuré, leurs différentes significations proverbiales, familières ou populaires : des exemples courts et choisis accompagnent chaque définition toutes les fois qu'ils sont nécessaires pour en faciliter l'intelligence. Il renferme, quant aux sciences, tous les principaux termes de mathématiques, de physique, de chimie, de droit, de médecine, de littérature, de géographie, d'histoire ancienne et moderne, etc. ; quant aux arts, tous les principaux termes d'architecture, de dessin, de peinture, de sculpture, de mécanique, de guerre, de marine, etc. ; quant à l'industrie, tous les principaux termes de commerce, de manufactures, de fabriques, d'agriculture, d'économie rurale, et enfin quant aux métiers, tous les principaux termes propres à chacun d'eux, termes dont on ne peut se dispenser de connaître la signification, nos besoins nous mettant sans cesse en rapport avec une classe nombreuse d'artisans qui ne nous parlent des objets de leur travail que dans le langage de leur profession.

L'histoire naturelle et la botanique, dont les principaux termes méritent à si juste titre de trouver place dans un dictionnaire, et qui néanmoins jusqu'à présent ont été exclus de la plupart, n'ont pas été un des moindres objets de notre attention. Nous avons à cet égard emprunté beaucoup du grand dictionnaire de M. Laveaux, en supprimant toutefois une infinité de détails qui appartiennent plus à la science qu'à la langue.

Un dictionnaire qui n'est point à portée de donner aux personnes de tous les états et de toutes les conditions une juste idée de la valeur des termes qu'elles ont fréquemment occasion d'employer ou d'entendre, est incomplet ; c'est d'après cette considération que nous avons tâché de réunir dans celui-ci tout ce qui peut faciliter l'intelligence du langage à toutes les classes de la société.

Le devoir du lexicographe étant de faire connaître la signification des mots et rien de plus, nous avons soigneusement évité d'admettre dans ce Dictionnaire tout ce qui n'avait pas spécialement pour objet l'explication de la valeur des termes ; et nous espérons que l'on n'y rencontrera rien qui puisse favoriser l'esprit de certaines doctrines, dont les funestes effets ont suffisamment démontré l'abus. Nous avons été d'autant plus attentifs à cet égard, que plusieurs de nos prédécesseurs n'ont point su se préserver assez du tort de présenter dans un grand nombre de leurs définitions, des idées qui tendaient moins à faire sentir la valeur des mots qu'à émettre des opinions blâmables et irréligieuses. S'il est incontestable qu'un dictionnaire doit être uniquement consacré à la langue, n'y a-t-il pas lieu de s'étonner que plusieurs ouvrages de ce genre soient en quelque sorte de recueils de maximes sophistiques et envenimées ! Notre but a été de donner un Dictionnaire français, tel qu'un dictionnaire français doit être ; et ce but, nous croyons l'avoir rempli, non pas toutefois par nos seuls efforts ; ils eussent été insuffisans sans la collaboration du savant ingénieux et profond, de l'écrivain original et justement célèbre, qui a bien voulu revoir notre travail avec le soin et la sagacité scrupuleuse qu'il apporte à tout ce qu'il critique et à tout ce qu'il fait, et l'enrichir de tant d'observations excellentes que lui ont fournies ses longues et laborieuses études. Sa modestie ne lui eût pas permis d'avouer tout ce que nous lui devons : c'est pourquoi, avant qu'il ait parlé, nous nous empressons de le publier.

V. Verger.


AVERTISSEMENT

DE M. CHARLES NODIER

Livré depuis l'enfance à l'étude de la lexicologie, j'ai procédé comme cela arrive à tous les hommes et dans toutes les sciences, du composé au simple, du tout aux parties, et de l'ensemble aux espèces.

A cet âge où l'on ne conçoit point d'obstacles au travail, rien d'impossible à la patience, rien de fini dans la vie, j'avois promis d'exécuter l'Archéologue, aperçu par Debrosses, essayé avec peu de bonheur par Court de Gébelin, rejeté par la timidité de Volney, entrepris et abandonné par l'inconstante activité de David de Saint-Georges, qui m'avoit légué ce grand projet pour héritage.

Je rattachais alors à ce plan immense l'exécution beaucoup plus facile de l'alphabet universel et de la langue caractéristique de Leibnitz, qui n'exigent en dernière analyse qu'un peu de tact, un peu d'esprit de méthode, et la connaissance si aisée à acquérir des principales racines des langues, rangées suivant l'ordre de leurs origines et l'analogie de leurs élémens.

Le temps a emporté toutes ces illusions. Des soins plus pressans, des devoirs plus impérieux m'ont forcé à quitter, dans un âge déjà sérieux, les études sérieuses de ma jeunesse, pour quelques travaux frivoles dont les résultats étoient du moins plus prochains et plus assurés. Des recherches et des méditations de tant d'années laborieusement perdues, il ne me reste aujourd'hui que des matériaux que je n'ai pas renoncé à publier, parce que dans ces membres épars du lexicographe mutilé, il y a peut-être encore quelque chose à recueillir pour le grammairien et même pour le philosophe.

L'observation que j'ai voulu prévenir, et qui m'a fait désirer quelque temps de n'avoir pas de participation connue à un Dictionnaire, c'est l'opposition de quelques-unes des théories que je développerai dans ces publications partielles, et de quelques-unes des critiques verbales qui pourront s'y rapporter dans mes nombreuses remarques sur l'impropriété des définitions et la défectuosité des orthographes, avec la méthode que j'ai dû suivre pour me conformer à la méthode générale de mes collaborateurs.

Il m'étoit donc important d'établir, pour l'honneur de ma conscience littéraire, que le système du Dictionnaire que je publie aujourd'hui n'est pas mien, et que je m'y suis seulement assujetti à des idées plus universelles, plus généralement adoptées, que prescrivoit à mes éditeurs cette puissance de l'usage qu'Horace regardoit il y a deux mille ans comme la règle des langues.

Ainsi, puisqu'à l'exception d'un journal, qui est à la vérité le Journal des Débats, et d'un imprimeur, qui est à la vérité M. Didot, tout le monde a reçu d'un prote du Moniteur la mauvaise ortographe de Voltaire, l'ortographe de Voltaire a dû entrer dans ce Dictionnaire usuel, qui est fait pour tout le monde, et qui sera utile à tout le monde, si ce n'est aux hommes assez exercés au mécanisme des langues pour se passer de Dictionnaire, et pour apprécier à leur juste valeur de prétendues innovations, car l'ortographe de Voltaire est fort antérieure à Voltaire ; il en est de même de beaucoup d'autres inventions. Ce qu'il y a de certain, c'est que cette ortographe est consacrée par cette autorité dont je parlois tout à l'heure, et qui consacre tout dans les langues, dans les institutions, dans les lois. Si on ne parvient pas, comme on nous en menace, à l'introduire dans la réimpression des classiques françois, de manière à nous faire perdre toutes nos traditions lexicologiques, et à déshonorer tous les monumens de notre glorieuse typographie, je souscrirai à son emploi comme le loyal Mézeray à une décision anti-grammaticale de l'Académie françoise, nonobstant clameur de haro.

Ce n'est pas à moi qu'il appartient de parler des avantages qu'offre d'ailleurs le nouveau dictionnaire. Je le pourrois cependant sans vanité, car mon savant collaborateur ne m'a laissé que le soin d'une révision bien facile, qui ne m'inspire d'autre orgueil que celui d'avoir contribué à un ouvrage utile, et d'y avoir contribué avec lui.