8. Politisation du système de la langue

8.1. La langue et la nation

La centralisation politique omniprésente dès le début du siècle, et dans tous les secteurs de l'activité publique et privée, se révèle clairement en tous les discours développés sur la langue ou autour d'elle. Derrière l'idée d'un accroissement de pouvoir se développe déjà le fantasme de l'organisation parfaite d'une langue nationale achevée ; la langue est dès lors à même d'endosser son vêtement politique : "Faute d'un corps littéraire permanent qui conserve les traditions du langage, et qui serve à les fixer, au moyen d'un registre toujours ouvert que l'écrivain, qui aspire au mérite de parler purement sa langue, est bien obligé de consulter, voyez ce qui se passe chez une nation voisine, chez les Allemands. Là, comme il n'y a pas le centre commun d'une grande capitale qui donne au moins la loi aux provinces et leur prescrive son langage, comme tout est morcelé en états séparés qui ont chacun leur capitale et leur académie, dont l'indépendance influe sur l'indépendance des esprits, voyez dans quelle fluctuation perpétuelle roule cette langue ambitieuse et désordonnée du peuple germanique"(209). On trouve d'ailleurs explicitement cette analogie de la grammaire et de la loi dans les premières pages de la Grammaire nationale des frères Bescherelle, qui, rappelant l'émergence du processus de grammatisation, ne manquent pas de souligner la nécessité de cet alignement ou -- si l'on préfère -- de cette soumission de l'individuel au collectif : " La grammaire suivit de près l'écriture. Quand on eut trouvé le moyen de peindre les mots, on ne tarda pas à en découvrir les lois. Dès lors il ne fut plus permis d'employer un terme pour un autre, ni de construire une phrase arbitrairement, ainsi qu'on l'avait fait jadis plus d'une fois à l'époque où chacun était maître absolu de ses paroles comme de sa personne. La grammaire fit dans le langage ce que la loi avait fait dans la société, elle mit chaque chose à sa place, et assura l'ordre général en restreignant l'indépendance individuelle "(210).

C'est que la langue française, indépendamment de sa nature intrinsèque et des changements qui -- à travers l'histoire -- en ont affecté la constitution, s'affirme être -- comme le marque par exemple Philarète Chasles -- un prodigieux révélateur des sociétés qui l'ont pratiquée et qui la pratiquent encore : " [...] Les idiomes ne sont que l'organe, le verbe de la civilisation humaine; c'est une voix qui mue; c'est un accent qui se modifie avec les phases vitales de la société. Tantôt notre orgueil nous fait croire que notre époque est la seule où le langage soit parvenu à maturité complète; tantôt dégoûtés et rassasiés de nous-mêmes, nous nous rejetons en arrière, pleurant la décadence de notre idiome national. Nous ne voyons pas que le cours des idées et les évolutions matérielles de la vie sociale entraînent le langage avec eux et lui font subir d'inévitables altérations. Quand Froissart écrivait, les paroles lui manquaient-elles? Montaigne, dans la solitude de sa bibliothèque féodale, se plaignait-il de l'indigence du langage? N'y avait-il pas assez de nuances pour La Bruyère? Et dans l'état de moeurs le moins favorable au développement de l'imagination pittoresque, Diderot ne trouvait-il pas toutes les couleurs chaudes que réclamait son pinceau? Ces couleurs ne sont-elles pas avivées et enflammées encore sur la palette de Chateaubriand, au XIXe siècle , quand l'esprit analytique régnait en despote sur les écoles françaises? Les langues font des acquisitions et des pertes, comme les peuples, elles achètent les unes au prix des autres "(211). Les variations dont la langue est susceptible, reconnues ici par Chasles, posent de manière implicite la question de leurs causes; c'est ici que l'on retrouve non la politique historique au sens convenu du terme, mais le politique de la langue, cette force qui émane des discours, des idées reçues, des notions et des représentations véhiculées par un code social et culturel inspirant en retour l'imaginaire et la rhétorique des locuteurs.

Le développement d'une revue emblématique de la réflexion sur la langue et le langage en France, dans la première moitié du XIXe siècle , explique parfaitement ce double processus de politisation qui s'empare alors de la langue, et de normalisation qui affecte simultanément ses méthodes descriptives. La transformation des épistémologies et des méthodologies qui se réalise au XIXe a été accompagnée par un vaste mouvement de publications, qui ont toujours clairement donné le ton des débats suscités par la question de la langue, et défini les enjeux et intérêts de ces modifications du paysage grammatical. Parmi toutes ces revues(212), il en est une qui mérite particulièrement de retenir l'attention pour ce qu'elle s'inscrit dans un remarquable développement historique : Le Journal de la Langue Française. Ce dernier, en effet, sous la diversité de ses avatars titulaires permet d'évaluer les changements ayant affecté les représentations de la grammaire entre la fin de l'Ancien Régime et les années précédant immédiatement la brève Seconde République. Ces années au cours desquelles philanthropie, socialisme, et utopie, se sont portés au premier rang des valeurs de la société.

Issu des ambitions d'Urbain Domergue, fondateur du journal en 1784 et inventeur de son titre, développé de 1791 à 1796 par les lointains travaux de la Société délibérante des amateurs de la langue française, ce Journal ne cesse de renaître de ses cendres, et, tel un phénix, suscite l'intérêt de collaborateurs venus d'horizons épistémologiques et théoriques fort différents, poursuivant sa carrière jusqu'aux dernières heures qui précèdent la mort définitive de la grammaire générale et l'assomption d'une linguistique française désormais plus soucieuse d'anthropologie que de métaphysique. La seconde jeunesse de la revue commence dans les dernières années de la seconde restauration placées sous l'influence de l'ultracisme, et soumises -- depuis 1827 -- aux pressions d'une censure idéologique mesquine, sous les dénominations successives de :

- 15 février 1826 : n 1 -- n 23, 28 décembre 1827 : Journal Grammatical et Didactique de la Langue française, par une société de Grammairiens, et dirigé par MM. Marle et Boniface, membres de l'Athénée et de la Société Grammaticale Académique.

- 15 janvier 1828 : n 24 -- n 25, 1er février 1828 : Journal de la Langue Française, Grammatical, Didactique et Littéraire, rédigé par M. Marle, membre de l'Athénée, de la Société Grammaticale, etc., et par plusieurs autres grammairiens.

- 15 février 1828, n 25 -- n 26, 15 mars 1828 : Journal Grammatical et Didactique de la Langue Française

- 1er avril 1828, n 27 -- n 47, 7 février 1830 : Journal de la Langue Française, Grammatical, Didactique et Littéraire, Rédigé par M. Marle et par MM. Bébian, Bescher, Boniface, Darjou, Fellens, Le Terrier, Lévi, A. Quitard, Rouget-Beaumont, Vanier, etc.

- 20 février 1830, n 48 -- n 58, 15 mai 1831 : Journal de la Langue Française, Grammatical, Littéraire et Philosophique, rédigé par une société de Grammairiens et de Philosophes.

- 1er juin 1831, n 59 -- n 68, 21 avril 1832 : Journal Philosophique, Grammatical et Littéraire de la Langue Française, rédigé par M. F.-N. Boussi, et par MM. Bébian, Bescher, Boniface, Darjou, Denfert, Fellens, Garat, De Gérando, Laromiguière, Lemare, Lévi, A.-D. Lourmand, Armand Marrast, Baron Massias, Pastelot, Quitard, Rouget-Beaumont, Saphary, Serreau, Thurot, Vanier, etc., etc.

- 3 mai 1832, n 69 -- n 77, 15 octobre 1833 : Journal Grammatical, Philosophique et Littéraire, ayant pour objet l'enseignement élémentaire et le perfectionnement progressif des langues en général et spécialement de la langue française, rédigé par M. F.-N. Boussi, et MM. Bébian, Bescher, Boniface, Darjou, Fellens, Garrat, De Gérando, Johnson, Laromiguière, Lemare, Lévi, A.-D. Lourmand, Armand Marrast, Baron Massias, Quitard, Radiguel, Rouget-Beaumont, Saphary, G. Sarrut, Serreau, etc., etc.

- 1er janvier 1834, n 1 [Seconde Série] -- n 36, 12 décembre 1836 : Journal Grammatical, Littéraire et Philosophique de la Langue Française et des Langues en général, rédigé par G. Redler, Directeur-Gérant, et MM. Le Chevalier d'Aceto, Auguis, député, Bébian, Bescher, Bessières, Boniface, Borel, Boussi, Caynela, Costaz, de l'Institut, Darjou, Daunou, de l'Institut, Dessiaux, Fellens, De Gérando, de l'Institut, l'Abbé Gérard, l'Abbé Guillou, Conservateur de la Bibliothèque Mazarine, Johnson, Laromiguière, de l'Institut, le docteur Ledain, Lemare, Lévi, Lourmand, Mac Carthy, Marrast, Baron Massias, Michelot, du Théâtre français, Palla, Perrier, Quitard, Rouget-Beaumont, Sabatier, Serreau, Touvenel, Vanier, Velay, Willoughby, etc. Au début de l'année 1835, la liste des contributeurs s'augmente des noms de : Bonvalot, Charles Nodier, Éloi Johanneau, Francisque Michel, Radiguel, Ragon, dans l'instant où le Chevalier d'Aceto, Caynela, Mac Carthy, Rouget-Beaumont, Willoughby résignent leurs fonctions. La génération des grammatistes nés avant 1780 laisse la place à celle des amateurs de langue nés autour de 1800. La parution de la revue est alors si irrégulière qu'il faut attendre plusieurs mois avant qu'une troisième et ultime série poursuive l'entreprise.

- 8 juillet 1837, n 1 [37] [Troisième Série] -- n 29, 20 décembre 1840 : Journal de la Langue Française et des Langues en Général, rédigé par M. Mary-Lafon, et MM. Appert, Auguis, Bessières, Boniface, Victor Boreau, Boussi, Bruandet, Cahen [traducteur de la Bible], Costaz, Darjou, Daunou, Dessalles, Dessiaux, Fellens, De Gérando, Granier de Cassagnac, Johanneau, Johnson, Labat, Labouderie, Ledain, Legonidec, Le Mesl, Lévi, Martin, Michel, michelot, Munck, Nodier, Palla, Platt, Potier, Quittard, Radiguel, Ragon, Rimzi, Vanier, Villenave père, -- et G.-N. Redler, Directeur-gérant

La révolution française de juillet 1830 a conduit à une interruption prononcée de la publication du Journal, en raison des activités politiques d'Armand Marrast, son principal rédacteur, et de la part prise par lui dans le déroulement des événements. Une telle personnalité résume assez bien ce que les questions de langue et de langage peuvent -- au XIXe siècle -- receler d'intérêt philosophique et politique, avant que de révéler leur véritable nature linguistique. Afin de faciliter sa diffusion, le JLF adopte très tôt une formule de publication tendant à faire de lui un ouvrage de consultation aisée, sinon de référence scientifique très précise. La régularité de sa composition mérite -- à cet égard - d'être soulignée. Chaque numéro renferme une biographie de grammairiens, ou de lexicographe : Vaugelas, n 43; Lancelot, n 46; Duclos, n 51; Seconde Série, Ménage, n 8; Furetière, n 9; Richelet, n 11; d'Olivet, n 12; Nicole, n 13; Troisième Série, Lemare, n 3; Laromiguière, n 19; Sylvestre de Sacy, n 31; Éloge de d'Olivet, n 34... A la suite viennent des contributions traitant des conceptions globales sur le langage, de la lexicographie et des théories des lexicographes; de l'étymologie; de la grammaire générale; de l'histoire de la langue; des normes pour le français; de l'orthographe. Le spectre des langues abordées ne déborde pas -- outre le français -- celui des autres langues romanes, plus particulièrement l'italien, l'espagnol, et le provençal. Ce qui se conçoit à une époque où des publications spécialisées -- comme le Journal Asiatique -- s'attachent aux langues réputées exotiques.

Si l'on tient compte de son origine à partir d'Urbain Domergue, le JLF s'inscrit dans une longue histoire sur la première partie de laquelle Françoise Dougnac a jadis apporté les lumières d'une recherche historiographique attentive(213). Les remarques développées ci-dessous ne s'appliquent qu'à la seconde phase d'existence du Journal, et prennent appui sur les fondements de cette renaissance, à savoir constituer la revue en fer de lance du mouvement de réforme orthographique prôné par Marle. Claude-Lucien Marle [1795-1863] refonde le JLF en 1826 et entend en faire un lieu de discussion de questions grammaticales comme le précise la Préface du premier numéro : " Journal rédigé par une société de Grammairiens, ouvert à toutes les questions que le public lui adressera et présentant constamment toutes les solutions demandées " [p. 2]. Cette orientation vers le public posant en principe une interactivité désirable rend bien compte du climat dans lequel se développent alors les discussions sur le langage; moins de métaphysique, de principes, plus de pratique et de normativité. La langue, et notamment la française, devient une forme reconnue de socialisation des individus. Tout écart ou faute dans le maniement des formes de langue signe et désigne dès lors une faillite plus ou moins grande et grave d'intégration du locuteur à la communauté dans laquelle son discours prend sens. Louis Platt [1788-1847], grand contributeur du JLF, et auteur -- par ailleurs -- d'un Dictionnaire correctif écrit : " Oui, tout homme qui estropiera la grammaire, ne devra jamais se flatter d'exercer une grande influence intellectuelle sur ses concitoyens. Il verra, avec amertume, malgré toute son éloquence, le rire dédaigneux effleurer les lèvres de ses lecteurs ou de ses auditeurs, et détruire peut-être le germe d'une pensée utile ou généreuse, qui, ornée d'une phrase correcte, eût laissé un ineffaçable et fécond souvenir "(214). Dans l'espace de ces dix années, qui verront le passage d'une monarchie de droit divin, celle du roi de France, à une monarchie constitutionnelle, celle du roi des Français, s'élabore le déplacement d'une langue soumise aux impératifs classiques de la pureté, de l'élégance vers une langue désormais reconnue dans sa fonction sociale intégrative, et dans sa dimension nationale. Ce nouvel intérêt émergeant justifie que le JLF -- dès ses nouveaux débuts -- soutienne la publication fragmentée du Cours de langue française de Boniface. Or cet ensemble donnera naissance à la Grammaire Française Méthodique et Raisonnée, publiée pour la première fois en 1829 chez Delalain. Et qui connut 19 réimpressions jusqu'en 1873, étant accompagnée d'Exercices grammaticaux, eux-mêmes subdivisés en deux volumes. Le premier, "contenant un questionnaire sur toutes les parties de la grammaire", connut 8 réimpressions de 1839 à 1875; le second, "contenant deux cents exercices gradués sur toutes les parties de la syntaxe", connut également huit réimpressions entre 1839 et 1877. On voit ainsi que -- dès sa seconde origine -- le JLF irrigue le développement de l'enseignement grammatical au XIXe siècle bien au-delà de sa seule carrière. Ce qui pose assez la question de son influence. L'oeuvre de Boniface, pour sa part, se place implicitement sous la bannière des grammaires idéologiques du début du XIXe siècle : Destutt de Tracy et Domergue, principalement, à quoi s'ajoute -- Boniface ayant été disciple de Pestalozzi à Yverdon, entre 1814 et 1817 -- le désir de favoriser en France un timide renouvellement des méthodes pédagogiques.

En parallèle, le JLF publie des discussions didactiques et des comptes rendus d'ouvrages grammaticaux récemment parus. Une revue littéraire s'y adjoint à partir de 1828; augmentée en 1829 et 1830 d'une rubrique de philosophie logique, langage et grammaire générale. Il est toutefois évident que la part la plus importante de l'entreprise en ces années est dévolue à la réforme orthographique de Marle, à ses tenants et aboutissants économiques, sociologiques, linguistiques et idéologiques. C'est d'ailleurs sous cet aspect -- indissociable des fonctions sémiologiques du langage -- que se révèlent le mieux les particularités du JLF. Comme Philarète Chasles le marque en préliminaire à la Grammaire Nationale des Bescherelle [1834], et, à l'instar de ce que Villemain -- sur un bord opposé -- réalise pour la cinquième édition du Dictionnaire de l'Académie [1835], s'affirme et s'affiche ici la revendication politique de la langue française. L'engagement d'Armand Marrast [1801-1852] dans les épisodes de la Révolution de 1830, et ses difficultés ultérieures sont assez représentatives du fonds culturel et idéologique sur lequel se développent les altérations de la langue et de ses représentations dans la conscience des usagers et des critiques, grammairiens et esthéticiens du langage. L'en-tête du volume de 1832 signale d'ailleurs explicitement ce fait.

La seconde Série commence en janvier 1834 et s'achèvera en décembre 1836. Il est probable que la part prise par Nodier dans cette seconde entreprise a été sinon déterminante du moins importante et perceptible. L'auteur des Notions élémentaires de Linguistique, justement publiées en 1834, recherche d'évidence le meilleur moyen de résoudre simplement les difficultés linguistiques, et souhaite " exposer les notions principales d'une manière claire, sous une forme accessible aux esprits simples, qui ne soit pas repoussante pour les esprits délicats " [p. 296]. Un sorte de quadrature du cercle... Mais également une sorte de provocante remise en question des dogmes dominants, en l'occurrence de l'idéologie, à quoi réagissent vigoureusement les derniers survivants du mouvement philosophique : Daunou et Laromiguière, notamment, qui dénient les formes de l'idéalisme -- religieux ou illuministe - que Nodier convoque dans ses ouvrages de linguistique sous les références faites à Bonneville, David de Saint-Georges et surtout Court de Gébelin.

La troisième Série du JLF voit le jour en juillet 1837, après six mois d'interruption, et à l'heure où le climat des discussions scientifiques sur la langue et le langage devient de plus en plus troublé. Certes Daunou, De Gérando continuent à revendiquer l'intégrité du modèle idéologique; mais des contributeurs tels que Cahen, Le Gonidec et Platt attestent de l'importance des nouvelles méthodes : investigations étymologiques, définition des normes linguistiques de la société, recherche d'une langue universelle.

La création de l'Institut des Langues, effective depuis 28 avril 1837, est annoncée dans le onzième numéro de la 3e série [p. 550], soit en mai 1838, un mois après que Platt a pris la succession de Mary-Lafon comme éditeur de la série. Nous sommes là en période de transition des méthodologies qui s'affranchissent peu à peu de la philologie, et de mutation des intérêts et des objectifs de la linguistique. On déduira de ce retard la difficulté à stabiliser une situation théorique, pratique et épistémique conflictuelle en ces années où se meurt la version métaphysique standard de la grammaire générale. Les Statuts constitutifs de l'Institut des Langues sont publiés dans le volume 13 de cette même série [pp. 623-632] et stipulent que cet Institut est divisé en trois sections ou classes; la première est consacrée à la langue française; la seconde aux langues vivantes étrangères; et la troisième... aux langues mortes. L'article 81 de ces Statuts précise : " Un traité fait entre l'Institut des Langues, représenté par le Conseil, auquel tout pouvoir est donné à cet effet, et le gérant du Journal, fixera les obligations réciproques, ainsi que le prix que la Société paiera pour le Journal.".

C'est à la suite du rapport de Jean-Léon Dessalles que l'Institut des Langues se transforme, le 21 décembre 1839, en Société de Linguistique. Statuts et membres de la Société sont alors reexaminés; Ackermann devient membre correspondant à Berlin; Otterburg, Taranne et Terzuolo, l'imprimeur et l'éditeur commercial du JLF, ainsi que Pierquin de Gembloux s'adjoignent aux membres précédents de l'Institut. Les détails factuels de cette modification méritaient d'être connus, car ils peuvent aider à mieux comprendre le sens de cette déambulation en territoires frontaliers. Politique : Qu'est-ce qui constitue la langue française? Philosophie : Quels sont les rapports de la langue et de la pensée? Anthropologie : Qu'est-ce qu'une langue peut nous apprendre sur ceux qui la pratiquent? Histoire : D'où provient le français? Philologie : Que révèlent de la langue les textes anciens? Ces différents questionnements interfèrent et mêlent alors leurs préoccupations à la définition d'un véritable objet linguistique. Le dernier numéro publié de cette Série intègre pour la première fois en français la traduction d'un fragment de l'introduction à l'Oeuvre sur le Kawi de Wilhelm von Humboldt [pp. 539-550], dont les intérêts n'ont évidemment plus rien à voir avec le normativisme empirique des principaux rédacteurs du JLF

Considérées comme un ensemble, les trois Séries du JLF affichent une large palette de rubriques différentes qui -- le temps passant et selon les impératifs doxiques du jour -- iront se restreignant ou se reconfigurant de manière significative. Parmi ces rubriques, certaines jouissent d'une relative stabilité. Ainsi des biographies de grammairiens qui donnent une excellente idée de l'horizon de rétrospection sur lequel travaillent les rédacteurs du Journal : les portraits de Vaugelas, Lancelot, Duclos, Ménage, Furetière, Richelet, d'Olivet, Nicole, Lemare, Laromiguière, Sylvestre de Sacy, renvoient à des périodes de l'histoire de la langue française clairement identifiables : classicisme et idéologie. Un second type de rubrique est celui des observations lexicologiques et [méta-]lexicographiques, que soutient au reste l'accélération du rythme de publication des grands ouvrages du genre. Le Dictionnaire Général des Dictionnaires français [1834] de Napoléon Landais est l'objet -- en 1835 -- d'une longue critique par Ragon, et -- en 1837 -- par Dessiaux; lesquelles stigmatisent les défauts de l'ouvrage sans pour autant donner les principes d'une saine lexicographie. La sixième édition du Dictionnaire de l'Académie française [1835] est à l'identique objet de critiques vigoureuses; il est vrai que ce n'est pas la première édition de l'ouvrage des Académiciens à subir ces reproches. Le public du JLF est d'ailleurs moins friand de pures recherches étymologiques sur les mots les plus courants du français qu'il recherche des explications concernant l'emploi des proverbes les plus courants, ainsi que les rédige Quitard depuis 1832. Un dictionnaire parémiologique en sera issu, qui témoigne de l'intérêt grandissant du public en faveur de l'histoire de la langue française, et notamment en sa période médiévale. Au début du second tiers du XIXe siècle , ces questions trouvent -- comme on l'a vu -- un relais important dans l'élucidation de la nature et du rôle des patois, et dans les disputes opposant les partisans de la thèse romaniste et ceux de la thèse celtique. Le rôle de Pierre-Marie Le Mesl, maire de Paimpol, comme contributeur du JLF s'explique essentiellement par là. Les études de ce type sont au reste soutenues par des positions philosophiques de la conception du langage et des langues souvent antagonistes(215). Ces dernières évoluent entre la tentation de l'explication par l'hypothèse du monogénétisme divin, les principes déductifs de l'Idéologie, qui dénient l'existence de Dieu, et les recherches de principes universels susceptibles d'être inférés d'une analyse spéculative ou de comparaisons factuelles. La grammaire générale marque indéniablement le JLF, et Daunou, De Gérando, Laromiguière, à cet égard, sont ses grands hommes jusqu'aux environs de 1837; mais la création de l'Institut des Langues limite fortement les droits à la spéculation métaphysique au profit d'une reconnaissance plus forte du droit issu d'une étude précise et rigoureuse des faits de langue.

Orthographe et normes sociales du langage sont significativement reléguées dès lors au second rang des préoccupations du JLF La vedette est alors concédée à l'approche comparative, principalement guidée par les travaux étrangers de Bopp, Grimm, Schlegel, et Humboldt. La langue française, qui avait été à l'origine l'assiette essentielle du Journal, fait désormais place à l'ensemble des langues romanes et même à quelques considérations relatives à l'indo-européen. L'ère romantique(216) voit ainsi se produire un changement fondamental de position du problème de la langue et du langage. La première tend à dégager des normes pour mieux affirmer son pouvoir de régulateur social et sa fonction d'exclusion. Le second s'applique de plus en plus à formuler des lois générales, non plus fondées sur des a priori concernant l'organisation de la pensée, mais sur des faits et l'observation de langues différentes, susceptibles d'être ramenées historiquement à des familles sinon encore à de véritables types. Certes Marie-Joseph de Gerando [1772-1842] et Pierre Laromiguière [1756-1837] sont des garants importants de l'idéologie grammaticale, mais ils n'ont jamais été des rédacteurs effectifs et actifs du JLF contribuant à l'édification d'une grammaire idéologique. Cette tâche fut assumée par de plus obscurs contributeurs parfois repérés par de simples initiales ou un pseudonyme.

Gabriel Bergounioux a montré(217) comment, au milieu du XIXe siècle , la linguistique moderne naît dans un enthousiasme foisonnant, qui fait converger les intérêts suscités par les langues rares, les langues anciennes, les langues régionales et leurs littératures; une concurrence qui permet d'entrevoir à terme la construction des notions de phonétique et de sémantique. L'Académie Celtique, datée de 1804, et devenue en 1813 Société des Antiquaires de France, ainsi que la Société Asiatique, attestée en 1821, accompagnent cette évolution de leurs publications; respectivement les célèbres Mémoires [depuis 1807] et le Journal Asiatique [1822], successeur des anciennes Recherches Asiatiques [1805]. Précédant cette éclosion, un mouvement de diversification et d'affrontements a parcouru et traversé le petit univers des amateurs de langue, duquel le JLF, au hasard de ses collaborateurs épisodiques ou conjoncturels, peut-être même conjecturaux dans leurs principes, s'est largement fait l'involontaire écho. L'histoire de ces tensions remonte à des années bien antérieures à la publication de la seconde série du Journal. En effet, le grammairien révolutionnaire, Urbain Domergue [1745-1810], fondateur et animateur en 1791 de la Société délibérante des amateurs de la langue française, s'est servi de la première série des publications du Journal de la Langue Française [1784-1788, 1791-1792, 1795 et suivantes] pour asseoir le crédit de cette première institution. Un Conseil Grammatical lui est substitué à la fin de 1796 ou au début de 1797, dont l'action se développe jusqu'aux années 1803-1804. Le 25 octobre 1807, lui succède l'Académie Grammaticale, dont l'ambition est de " travailler au perfectionnement de la science des idées et de la science des mots, depuis les premiers éléments jusqu'aux théories transcendantes ".

Ce dessein rend assez bien compte des déplacements de la théorie grammaticale intervenus depuis la Révolution. De la suprématie acquise de l'Idéologie, et des partages de territoire auxquels procède cette dernière, qui seront perceptibles -- non sans erreurs ou détournements terminologiques -- jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle , bien au-delà de la mort de la doctrine. Un Bernard Jullien, en 1849 par exemple, réduplique sans sourciller l'opposition entre une haute grammaire ou grammaire transcendante, dite supérieure, et une grammaire pratique, proprement dite, ne voyant pas qu'il enferme désormais dans cette dichotomie la frêle distinction du style et de la langue au lieu de puiser en elle l'énergie nécessaire pour conceptualiser les rapports du signe à l'idée qu'il véhicule. De 1813 à 1814, Alexandre Boniface peut publier le Manuel des Amateurs de la Langue Française, avant de prêter main forte à Marle lors de la renaissance en 1826 du Journal Grammatical et Didactique de la Langue Française, d'où sera issue en 1828 la Société Grammaticale et Littéraire de Paris.

Cette dernière a essentiellement pour objectif de codifier les usages et de proposer un modèle de représentation juridique du langage, appelé au reste par la demande sociale du lectorat, qui se montre avide de réponses pratiques directement utilisables et applicables à des cas concrets d'interrogation grammaticale ou lexicale. La grammaire générale ne peut plus guère servir alors qu'à vérifier la conformité des lois aux principes généraux. C'est de cette situation que procèdent -- semble-t-il -- les divergences ayant peu à peu opposé les partisans de la méthode métaphysique et ceux de la méthode pratique. Les événements de 1830, politiques, idéologiques, sociaux, avec leurs implications épistémologiques, vont être l'occasion de marquer plus nettement, et définitivement, la fracture.

Les méandres et marécages dans lesquels s'enlise l'histoire des sciences à l'époque de la première et de la seconde Restauration voient progressivement disparaître les activités de cette Académie, à laquelle succède -- d'après la page liminaire du JLF de janvier 1832 une Union Grammaticale, Philosophique et Littéraire pour la propagation de l'étude des langues en général et spécialement de la langue française.. Le titre de membre donne le droit de participer -- en tant qu'auteur ou éditeur -- à la rédaction du Journal. Tandis que le titre suggère le clivage distinguant désormais de plus en plus nettement l'étude générale des langues, devant mener à la constitution d'une science linguistique, et l'étude particulière de la langue française, encore mal déprise de la philologie et des Belles Lettres. En 1834, comme en 1828, l'article premier stipule que cette instance : " s'occupe de grammaire générale et de grammaire particulière. [Et qu'elle] s'attache principalement à résoudre les difficultés de la langue française ". Rien là que d'ordinaire : un courant de pensée et une méthodologie sont en train de disparaître; la langue française, comme objet d'étude, assure la continuité du phénomène évolutif, et s'avance en première ligne des intérêts immédiats de l'enquête.

C'est à la création de l'Institut des Langues, en avril 1837, que se marquent les premiers signes d'une coupure bien plus nette. La dimension historique des phénomènes linguistiques acquiert désormais toute son ampleur, et les statuts -- prenant acte de ce que l'histoire sert désormais de modèle à la science -- stipulent donc tout d'abord que " L'Institut des Langues s'occupe de la grammaire et de l'histoire des langues en général, et spécialement de la française ", induisant par là une corrélation promise à un grand avenir dans les dimensions didactique et heuristique de la langue comme objet. C'est précisément ce début de position d'un objet langue susceptible d'être soumis à des procédures d'examen scientifiques que justifie l'article 82 des mêmes statuts : " Toute lecture et toute discussion étrangères à la science qui est le but des travaux de l'Institut des Langues sont formellement interdites ". Il est vraisemblable que ce dernier texte vise à exclure des débats les questions d'ordre religieux et politique quand Giuseppe Gaspare Mezzofanti [1774-1849], cardinal, bibliothécaire au Vatican, et Nicolas-Rodolphe Taranne, secrétaire du Comité historique de la langue et de la littérature françaises au Ministère de l'Instruction publique, vont siéger parmi les administrateurs. Il faudra encore attendre un peu plus de deux décennies pour que la question de l'origine des langues soit définitivement proscrite des discussions réputées scientifiques.

Francisque Michel, en Grande-Bretagne, j'y reviendrai plus loin, Xavier Marmier, en Allemagne et dans les pays nordiques, sur la sollicitation de Guizot et Salvandy, étaient partis à la quête des premiers monuments de la littérature française. Ackermann et Génin, Fallot et Paulin Paris engageaient leurs recherches divergentes sur les états originels de la langue française. La fondation de la première Société de Linguistique, le 21 décembre 1839, entérine cette évolution et sanctionne désormais l'attachement à des épistémès et des méthodologies désormais dépassées. L'éviction ou une reformulation majeure du contenu classique de la grammaire générale -- qui figurait dans les intérêts de la Société Grammaticale et disparaissait de ceux de l'Institut des Langues -- est le prix à payer pour ce ressourcement. Du côté de la philologie se situent l'archéologie et l'histoire des langues; du côté de la linguistique se situent la philosophie et la logique du langage. La grammaire générale -- telle qu'elle se définit désormais -- ne se situe pas quant à elle en réelle opposition avec ces disciplines; elle les incite au contraire à mieux se définir dans leurs spécificités. Envisageant les langues dans leurs relations au langage, cette nouvelle grammaire générale incite au comparatisme, et prépare la voie aux études typologiques. Certes, ce sont là des voies que les rédacteurs du JLF, y compris ceux de sa troisième série, n'avaient probablement pas conscience de frayer, enfermés qu'ils étaient dans des préoccupations fort bornées; mais dont la rétrospection historique permet de mieux entrevoir les justifications. Ainsi, contrairement à ce qui a pu être écrit jadis, les variations d'intitulé et de contenu de ce Journal ne subtilisent pas sur des têtes d'épingles; elles accompagnent la laborieuse constitution en France d'une science du langage qui s'appuie désormais -- à parts égales -- sur l'observation des faits de langue et sur leur théorisation en fonction de modèles initialement historiques, puis biologiques et enfin sociologiques.

L'idéologie dominante d'une société découvrant les vertus de la circulation des biens, et de l'enrichissement personnel, ne pouvait manquer de peser sur une certaine façon d'appréhender les faits de la langue nationale. A l'heure où les notions de profit et de rentabilité deviennent des valeurs éminemment positives, il n'est donc pas surprenant de voir jusqu'à la consultation du dictionnaire évaluée à l'aune de tels intérêts; on a vu précédemment que l'orthographie même était susceptible d'être convertie en espèces financières : " Dans un Dictionnaire alphabétique ordinaire, le mot inconnu coûte rarement moins et souvent beaucoup plus que quinze secondes : pour de jeunes et légers esprits, vous pouvez doubler sans surfaire. Le mot est lu, la signification est comprise, le livre est refermé; mais demain, voilà de nouveau le même mot, la même perquisition; dans cinq jours, apparition nouvelle et perquisition nouvelle. Or, combien de fois estimez-vous qu'un nom pour se loger à demeure dans la mémoire, doive résonner à l'oreille ou frapper les yeux? Dix fois est-ce trop? Quand presque tous les termes d'un usage fréquent ont quatre ou cinq acceptions dont une seule attire exclusivement l'esprit, celle qui s'agence le mieux avec le but spécial de chaque recherche! quand ceux que rarement l'habitude ramène ont tout le temps d'être oubliés devant l'intervalle de la première vue à la seconde! Quand enfin, en ancienne langue, surtout, ils sont si souvent et si diversement déguisés sous le masque trop changeant des désinences! N'oubliez pas les impatiences et les dégoûts de nos esprits dépités, lorsqu'au bout d'une même ligne, il nous a fallu recommencer la recherche à peine achevée d'un même terme! N'oubliez ni les évaporations du jeune âge, ni les distractions de toute la vie dans ces intelligentes manoeuvres : additionnons à présent. Chaque nom coûte, l'un portant l'autre, dix expéditions dans le vocabulaire, à 20 seconde l'une, ce sont 200 secondes, un peu plus de trois minutes; et pour 32.300 mots, ce sont 107.666 minutes, ou environ 1792 heures. Consacrez à cet exercice quatre heures par jour, et pour finir, il vous faudra 448 jours, c'est-à-dire un peu plus de deux années de 200 jours, chômage décompté! Deux ans pour feuilleter, non pas pour lire, non pas pour étudier, s'il vous plaît, non du tout; mais uniquement, exclusivement pour prendre, laisser, reprendre un livre, l'ouvrir, tourner et retourner les feuillets, en parcourir de l'oeil les colonnes, le fermer, le déposer, et le ressaisir! C'est à ce prix que le dictionnaire répand les mots et les rend communs entre les hommes! N'est-ce pas payer les bienfaits trop chers? "(218). De cette attitude, qui oriente la prise en considération des faits linguistiques et impose une certaine conformation aux outils explicatifs de ces derniers, découle le renforcement des procédures d'intégration-exclusion dont fait preuve la langue française du XIXe siècle.

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Notes

209. Dureau-Delamalle, Discours à l'Institut, 11 Floréal an XIII, B.N. Z 5053. 174, f 20.

210. Bescherelle frères, et Litais de Gaux, Grammaire Nationale ou Grammaire de Voltaire, de Racine, de Bossuet, de Fénelon, de J.-J. Rousseau, de Buffon, de Bernardin de Saint-Pierre, de Chateaubriand, de Casimir Delavigne, Paris, Bourgeois-Maze, 1836, p. 17.

211. Philarète Chasles, De la Grammaire en France et principalement de la Grammaire Nationale, avec quelques observations philosophiques et littéraires sur le Génie, les Progrès et les Vicissitudes de la langue française, en introduction à Bescherelle frères, et Litais de Gaux, Grammaire Nationale ou Grammaire de Voltaire, de Racine, de Bossuet, de Fénelon, de J.-J. Rousseau, de Buffon, de Bernardin de Saint-Pierre, de Chateaubriand, de Casimir Delavigne, Paris, Bourgeois-Maze, 1836, p. 8.

212 Citons au hasard : Le Journal Asiatique [1822] de la Société Asiatique de Paris; l'éphémère France Grammaticale Pédagogique et Littéraire des Bescherelle [1838]. Et bien d'autres encore qui ont été étudiées en série par Sylvain Auroux, Françoise Dougnac et Tristant Hordé, dans " Les premiers périodiques linguistiques français [1784-1840] ", Histoire Épistémologie Langage, 1982 IV/1, pp. 73-83.

213 Françoise Dougnac : Urbain Domergue, le Journal de la Langue Française et la Néologie lexicale [1784-1795], Thèse de doctorat de 3e cycle, Université Paris III, 1981, 259 p.

214 Louis Platt : Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux; ouvrage pouvant servir de complément au Dictionnaire des Difficultés de la langue française par Laveaux, Paris, 1835, chez Aimé André, Libraire, p. i-ii.

215 P.-M. Le Mesl fut l'auteur, en 1834, d'un ouvrage intitulé : Considérations philosophiques sur la langue française, suivies de l'Esquise d'une langue bien faite, Paris, Hachette.

216 Dont on ne dira jamais assez qu'elle ne fut pas en France l'orchestration littéraire des cris et de la souffrance de coeurs blessés, rendue polémique par les zélateurs du néo-classicisme; mais qu'elle fut avant tout - par le biais de l'idéologie - la période d'une intense remise en question philosophique des fondements de l'intelligence du monde, avec toutes les conséquences attachées à ce bouleversement.

217 Gabriel Bergounioux, Aux Origines de la linguistique française, Pocket, Agora, Les Classiques, 1994, 366 p. Et plus récemment encore dans " La définition de la langue au XIXe siècle  ", in S. Auroux, S. Delesalle, H. Meschonnic, éds., Histoire et Grammaire du Sens, Hommage à Jean-Claude Chevalier, Paris, Armand Colin, 1996, pp. 72-85.

218. A propos du Dictionnaire des Racines et Dérivés de Charassin, Paris, 1852, texte cité par B. Quemada : Les Dictionnaires du Français moderne, Paris, Didier, 1968, p. 357 note 106.